Insuffisance cardiaque

De Ariane
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Le résultat de consultation

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Voici les critères d'inclusion, et l'argumentaire de ce résultat de consultation.

Quelques chiffres

D'après les données de l'Observatoire de la Médecine Générale, chaque médecin généraliste prend en charge, en moyenne 8 patients/an pour une insuffisance cardiaque, ce qui représente, toujours en moyenne, 29 actes par an. Comme on pouvait s'y attendre, c'est bien une pathologie du sujet âgé.

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Prise en charge de l'insuffisance cardiaque en médecine générale

A l'occasion de la présentation, en Groupe de Pairs, d'un patient insuffisant cardiaque, une discussion a permis de dégager plusieurs problématiques liées à la prise en charge de cette maladie en pratique de médecine générale, que le groupe a souhaité publier.

Le plan de soins

La HAS a publié un document de 82 pages décrivant le parcours de soins recommandé pour le patient insuffisant cardiaque.

Plan de soins de l'HAS

Comme de nombreuses recommandations de pratique, le format est propice à la formation, mais est peu adapté à la mise en pratique, raison pour laquelle un résumé de ce plan de soins a été réalisé, en une page graphique, compilant les poins essentiels à la prise de décision :

  • catégorisation du stade de la maladie
  • Rappel des critères de mauvais pronostic
  • Principales causes de décompensation
  • Suivi minimal recommandé (Fréquence des consultations, évaluation clinique, suivi biologique, avis spécialisés, examens complémentaires)
  • Prise en charge thérapeutique en fonction du stade de la maladie
Synthèse du plan de soins de l'insuffisance cardiaque


Le respect de ce plan de soins est difficile en pratique, pour plusieurs raisons :

  • Les patients sont souvent polypathologiques, ce qui implique de faire une synthèse de plusieurs recommandations et plans de soins
  • Le plan de soins doit être géré après négociation avec le patient, pour gérer les difficultés matérielles, organisationnelles, les éventuels troubles cognitifs, etc…
  • Le temps est souvent compté, en consultation, comme en visite, quand le patient présente souvent des plaintes aiguës (douleurs, arthrose, constipation etc;…) en sus des maladies chroniques prises en charge
  • La visite à domicile est une contrainte supplémentaire, avec des difficultés supplémentaires
    • le dossier médical n'est pas toujours disponible, en visite à domicile principalement
    • le matériel n'est pas le même (ECG, informatique pour rédiger les courriers, balance pour peser le patient)
    • les conditions d'examen y sont parfois difficiles (lit, éclairage, bruit, animaux)
  • Il incombe au médecin de hiérarchiser les priorités en fonction des critères habituels
    • temps de la consultation
    • attentes, besoins, refus et craintes du patient
    • contraintes liées au système de soins (délais de rendez-vous, dépassements d'honoraires, nécessité de transports)

Prévenir les hospitalisations

  • Nécessité d’une parfaite coordination avec le cardiologue.
  • Courriers de liaison du MG au cardiologue systématique, avec un contenu utile à la prise de décision. (traitement en cours, événements intercurrents, comorbidités, changements thérapeutiques, observance et tolérance du traitement, besoins d’aide explicites etc.)
  • Revoir systématiquement le patient dans les jours qui suivent la sortie de l’hôpital (expliquer, synthétiser les ordonnances, prioriser les objectifs, coordonner les aides, correction éventuelle du plan de soins). Lettre type au cardiologue
  • Récupérer un CR d’hospitalisation rapide, au besoin par téléphone

Polypathologies

L'étude « Polychrome » a montré que le médecin généraliste est confronté, pour une partie de sa clientèle, à la gestion de patients atteints de plusieurs pathologies chroniques, conduisant le plus souvent à une polymédication. Il s’agit soit de patients présentant de multiples facteurs de risque (par exemple, insuffisance cardiaque + hypertension artérielle + diabète + hyperlipidémie) soit de patients présentant plusieurs pathologies chroniques (par exemple, insuffisance coronarienne + arthrose + dépression), soit les deux. Nombre de ces personnes sont âgées et bénéficient d’une prise en charge au titre des affections longue durée (ALD 30) pour certaines de leurs pathologies. La présence de polypathologies et de polymédication est relativement bien documentée en population générale. Ainsi les personnes déclarent en moyenne 2,9 troubles de santé un jour donné et le nombre de maladies associées déclaré augmente avec l’âge :

  • 4 pour les 40-64 ans,
  • 5 pour les 65-79 ans
  • 6 pour les personnes de 80 ans et plus.

La prise en charge de ces patients polypathologiques pose au médecin généraliste plusieurs problèmes, qui ne sont pas spécifiques de la maladie « insuffisance cardiaque » mais qui rendent sa prise en charge difficile. Le patient, souvent polypathologique et polymédicamenté, se présente souvent avec comme motif de consultation le « renouvellement d'ordonnance » souvent assorti de motifs de consultation complémentaires au moins aussi importants dans l'esprit du patient, que les maladies chroniques dans l'esprit du médecin. Ces nombreux motifs de consultation amènent le médecin à prendre en charge de nombreux résultats de consultation, dans un temps de consultation ou de visite qui n'est pas extensible à l'infini. Le temps moyen de consultation, en France, est un des plus longs d'Europe, et est évalué à 16 mn. Le médecin devra donc prendre ses décisions en suivant la classique démarche décisionnelle au cours de laquelle il devra :

  • définir des priorités,
  • synthétiser plusieurs recommandations de pratique (insuffisance cardiaque, insuffisance coronaire, diabète, artérite des membres inférieurs, etc.),
  • prévenir la iatrogénie, en prenant conscience des traitements éventuels des co-soignants (Ophtalmologiste, rhumatologue, pneumologue, gériatre, etc.)
  • coordination son action avec les co-soignants
  • tout en tenant compte de la qualité de vie de son patient.

La HAS propose, page 54 du parcours de soin de l'insuffisance cardiaque, une grille permettantd'évaluer la qualité de vie du patient : voir là

Le groupe a trouvé cette grille peu adaptée à la pratique, avec notamment trop de questions fermées. Il a proposée de réécrire cette grille avec des questions ouvertes et moins nombreuses comme par exemple

Questionnaire d'évaluation de la qualité de vie

Iatrogénie

La iatrogénie se définit comme une conséquence inattendue et délétère d’un acte médical. Elle englobe les effets indésirables des médicaments et des examens complémentaires, le non respect de leurs contre-indications mais aussi les effets secondaires à des posologies inadaptées. Elle est particulièrement difficile à évaluer en ambulatoire. En 2007, l'Observatoire de la Médecine Générale place la iatrogénie en 75ième position dans la fréquence des pathologies avec 1% des patients ayant eu au moins un épisode de iatrogénie dans l'année. Une thèse a été rédigée sur ce thème, par le dr Julie Chouilly : Peut-on optimiser le recueil et la déclaration de la iatrogène en médecine ambulatoire, compte tenu des contraintes de la pratique ?

MIEUX PREVENIR LA IATROGENIE DANS LE CADRE DE LA PRISE EN CHARGE DU PATIENT INSUFFISANT CARDIAQUE. Pour la prévenir au mieux, il convient de réaliser différentes actions :

  • Recueillir et mettre à jour les antécédents du patient dans le dossier informatisé avec un référentiel reconnu (DRC, CIM10, ICHPPC) qui permette au module de prescription d'interagir avec ces éléments conceptuels
  • Recueillir et mettre à jour les traitements pris par le patient :
    • Traitement prescrit par le médecin traitant
    • Traitement prescrit par les co-soignants : interroger systématiquement et régulièrement le patient
    • Auto-médication : la rechercher systématiquement</span>
  • Utiliser une base de pharmacologie (BCB, VIDAL, THERIAQUE) pour rédiger les ordonnances. Le module d'aide à la prescription vérifiera le respect des posologies, les contre-indications, les interactions médicamenteuses; même si, en pratique, les alarmes sont souvent tellement nombreuses que les médecins les désactivent. Voir l'étude EICLAT de la SFMG
  • Structurer son ordonnance par domaine de pathologie

INSUFFISANCE CARDIAQUE ET INSUFFISANCE RENALE. Le patient insuffisant cardiaque est un patient fragile, souvent polypathologique et âgé. Il est souvent porteur d’une insuffisance rénale, à laquelle il est nécessaire d’être particulièrement attentif. Pour cela, la démarche peut se dérouler en deux temps :

  • Mesurer et intégrer régulièrement , de manière structurée, le résultat du débit de filtration globulaire
  • Evaluer la posologie optimale des médicaments potentiellement néphrotiques sur le site ICAR de la Société Française de Néphrologie. Ce site n'est accessible que sur abonnement, il ne permet d'interroger la base que médicament par médicament, son ergonomie est très insuffisante, de nombreux médicaments manquent encore à l'appel, mais il peut rendre service car les informations qu'il donne sont plus précises et plus utiles que celles données par les bases de pharmacologie des logiciels métiers, s'agissent de l'insuffisance cardiaque.

INSUFFISANCE CARDIAQUE ET INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES. Certaines associations médicamenteuses doivent également alerter le médecin généraliste. Il est, évidemment, impossible de les connaître toutes. Les logiciels d'aide à la prescription peuvent être une aide précieuse, même si le rapport signal/bruit qu'ils produisent est très contre-productif. L’agence nationale de sécurité du médicament a établi en janvier 2014 un thésaurus des interactions médicamenteuses, très intéressant à consulter de manière ponctuelle, mais peu utile en pratique quotidienne avec des ordonnances souvent lourdes dans un contexte de temps de consultation limité.

REAGIR A L'EVENEMENT INDESIRABLE.

  • Inscrire l'effet indésirable relevé dans le dossier médical de façon structurée, afin qu'une nouvelle prescription ne soit plus possible (perte à l'écran)
  • relever le résultat de consultation IATROGENE-EFFET INDESIRABLE D'UNE THERAPEUTIQUE
  • Déclarer les effets indésirables observés devrait être la règle : L'obligation de déclaration (article L.5121-25 du CSP) porte sur tous les effets indésirables, qu'ils soient graves ou non, attendus ou inattendus

En pratique, il convient de déclarer les effets inconnus ou graves. Pour cela « il suffit » de télécharger la fiche sur le site internet de l’agence nationale de sécurité du médicament avant de renvoyer le document au CRPV dont il dépend par voie postale ou par e-mail. Depuis peu, il est possible de remplir un formulaire de déclaration en ligne, comme sur le site de pharmacovigilance d'Ile de France En pratique, cette tâche chronophage et totalement bénévole est difficilement réalisable pour tous les événements indésirables observés en pratique de médecine générale, seuls les effets les plus graves sont déclarés en pratique. L'intégration d'un module de télédéclaration simple et ergonomique dans le logiciel métier serait certainement un moyen de déclarer davantage les EI.

La visite à domicile

Visite à domicile La visite à domicile, définie selon le dictionnaire MeSH comme « la visite à domicile du patient afin de réaliser un acte diagnostique et/ou thérapeutique » est un moment privilégié qui permet de voir le patient dans son environnement, peut renseigner sur le mode de vie, les difficultés liées à l’habitat, au cercle familial. Elle est souvent perçue d’abord comme une contrainte (chronophage, limitation articulée autour de la cotation et de la justification), puis comme une nécessité et un devoir. Plusieurs difficultés sont rencontrées, détaillées ci dessous.

GESTION DE L'APPEL.

Nos pratiques personnelles et plusieurs études ont montré la nécessité d’une régulation de l’appel : s’agit-il d’une visite de simple contrôle ou existe-il un caractère d’urgence (OAP, hémorragie sous AVK, AVC etc. …) ? Il est impératif de former nos secrétariats à la détection d’une situation de détresse qui doit être repérée afin de pouvoir répondre soi-même à l’urgence ou de faire venir les moyens adaptés (ambulance, SMUR). Quel doit être le rythme des visites chez le patient insuffisant cardiaque ? Le médecin traitant doit-il les programmer ou attendre l’appel du patient ou de son entourage ?

GESTION DE LA TROUSSE DE VISITE.

Trois types d’éléments :

  • documents Cerfa, ordonnanciers (simple, sécurisé, ALD, médicaments d’exception);
  • matériel diagnostique (tensiomètre, stéthoscope, Saturomètre, appareil de surveillance glycémique, bandelettes urinaires, ECG …)
  • matériel thérapeutique (injectables, DSA etc. … ).

GESTION DU DOSSIER MEDICAL. La problématique de la gestion réside dans le contenu comme tout dossier médical mais aussi de contenant. Cette problématique ne concerne pas uniquement l’insuffisance cardiaque mais tout patient suivi ponctuellement ou habituellement à son domicile.

Le contenant, ou support :

Si la gestion informatique au cabinet est généralisée et que la performance des logiciels actuels peut aider le praticien à réaliser les synthèses, les courriers de recours aux spécialistes, aux examens complémentaires, la prescription médicamenteuse, le recours au dossier « papier » est souvent/parfois nécessaire et choisi, à domicile même s’il existe aujourd’hui des logiciels de suivi disponibles en portabilité sur différents supports : ordinateur portable, tablette voire smartphone, plus ou moins synchronisables avec l’ordinateur du cabinet. Si le support informatique permet d’avoir à disposition les mêmes aides techniques pour le suivi qu’au cabinet, sa mise en œuvre peut être compliquée chez certains patients (place, temps de visite, possibilité ou non d’impression etc..). Le dossier papier quant à lui peut être établi sur différents supports : cahier, classeur, voire les deux, et avoir l’avantage d’être consulté et alimenté par plusieurs intervenants : médecin de garde en urgence, paramédicaux (IDE, kinésithérapeutes …) voire le patient lui même ou son entourage.
L’avantage du dossier papier laissé au domicile peut donc faciliter la coordination avec les co-soignants (infirmiers, pharmaciens, auxiliaires de vie, cardiologue…) mais pose le problème de la confidentialité de l’information, du secret médical, de l’accès aux données par l’entourage familial.
Chez de nombreux patients vus à domicile, un tiers familial est présent (conjoint, descendants…) Le rôle de ce tiers est fondamental dans le suivi et la surveillance ; un dossier laissé à domicile peut permettre à ce tiers d’investir l’accompagnement, de rassurer, de former et d’informer sur les modalités de traitement, la surveillance et les signes d’alerte.

Le contenu

Généralités : en juin 2003 l’ANAES avait établi des recommandations qui ont permis de définir le contenu du dossier médical dans l’arrêté du 5 mars 2004. Le dossier doit comporter selon cet arrêté :
  • l’identification du patient : nom, prénom, date de naissance, sexe, etc…
  • les comptes rendus des consultations : date, plaintes exprimées par le patient, résultats de l’examen clinique, résultats des examens complémentaires, prescriptions, recours aux spécialistes
  • Les éventuels refus exprimés par le patient : refus de traitement ou d’examen, refus de transmission des données médicales à d’autres professionnels de la santé, refus de l’information aux proches ou ayant droits en cas de décès
Dans l’insuffisance cardiaque, le plan de soins établi par la HAS cité plus haut et résumé par le Dr Michel ARNOULD définit les critères cliniques et paracliniques de surveillance, parfois difficiles à mettre en œuvre à domicile du fait des contraintes techniques (disponibilité de matériel tel que ECG, pèse personne, éclairage pour l’examen clinique etc..) et bien sûr du fait de la disponibilité ou non du dossier médical.
Quelque soit le support utilisé on peut imaginer ainsi, un dossier « compartimenté » contenant l’ensemble des éléments cités plus haut, mais aussi :
  • le plan de suivi du médecin traitant,
  • les interventions paramédicales,
  • les critères de surveillance destinés au médecin, aux IDE, aux auxiliaires paramédicaux, au patient lui même et à son entourage
  • les conseils destinés aux patients (conseils AVK, régime hyposodé, liste des médicaments autorisés et ceux contre-indiqués en automédication comme les AINS en cas de MRC par exemple) Ces fiches conseils peuvent être créés par le praticien, un groupe de Pair, ou imprimées depuis le site ameli.fr
  • une zone réservée à l’échange et la coordination entre les différents intervenants dont le croisement des regards sur le patient peut constituer un outil précieux de surveillance et de prise en charge
  • vaccination antigrippale et anti pneumoccoccique


GESTION DES ORDONNANCES. Les ordonnances doivent être rédigées sur support adapté (format papier, imprimée, ALD, etc. ) Elles doivent tenir compte des recommandations, des prescriptions spécialisées (cardiologue, prescriptions hospitalières, de l’automédication éventuelle, des fonctions rénales et hépatiques, afin d’en diminuer le risque de iatrogénie, chez des patients insuffisants cardiaques souvent polypathologiques (insuffisance rénale, diabète, dyslipidémie, coronaropathie, démence ..). Sa réévaluation et sa mise à jour doivent être régulières. Un outil intéressant et parfois plus lisible pour le patient qu’une ordonnance classique est la réalisation d’un tableau organisant les prises médicamenteuses quotidiennes et sur lequel il est simple de faire figurer à la fois les noms de spécialités et les DCI correspondantes pour le patient et les co soignants.

Exemple d'ordonnance en tableau
Spécialité DCI Matin Midi Soir Coucher
Lasilix 40 mg cp Furosémide 40 1 1 0 0
Triatec 10 mg Ramipril 10 mg 1 0 0 0
Kardégic 75 mg Acide acétylsalicylique 0 1 0 0
Inexium 40 mg Esoméprazole 40 0 0 1 0

BIBLIOGRAPHIE.

Le patient au centre des préoccupations

EXPLORER LA REALITE DU PATIENT. Cette exploration est centrée sur l’expérience qu’a le patient de sa maladie et sa façon personnelle de la vivre. Elle implique l’investigation de différentes dimensions :

  • les sentiments du patient, espoir, déni, colère, craintes, angoisse, découragement, acceptation… ;
  • Les croyances du patient, en particulier sur la maladie et son évolution ou sur les médicaments et leurs effets ;
  • Les attentes et les besoins du patient par rapport à son alimentation, à son activité ou au traitement ;
  • La compréhension du patient sur la maladie, le régime, les règles de vie, ou le traitement médicamenteux ;
  • Les réticences et les craintes du patient, à explorer, à questionner et selon les circonstances, négocier ou les accepter ;
  • L’observance du patient par rapport au régime, aux règles de vie et au traitement médicamenteux ;
  • L’environnement du patient et les recours possibles
    • son lieu de vie : accessibilité et confort du logement ;
    • ses ressources matérielles ;
    • la disponibilité des aidants, de l’entourage.

EXPLIQUER L'INSUFFISANCE CARDIAQUE. Les explications portent sur la maladie, le mode de vie, le traitement, les paramètres de surveillance, les signes d’alerte et les recours possibles. Elles ont pour but de renforcer l’alliance thérapeutique et nécessitent de vérifier leur compréhension par le patient. Pour cela, 2 outils à notre disposition, sont à exploiter éventuellement :

  • Un site proposé par l’Assurance Maladie
  • Un site proposé par la Fédération Française de Cardiologie, non indépendant de l’industrie

SENSIBILISER LE PATIENT A LA SURVEILLANCE ET AUX SIGNES D'ALERTE.

  • Les paramètres de surveillance et de suivi
    • dyspnée : auto-observation de l’essoufflement
    • poids : se peser 2 fois par semaine
    • pouls : être attentif à son accélération ou son irrégularité
    • oedèmes : observer les membres inférieurs
  • Les signes d’alerte
    • dyspnée inhabituelle
    • orthopnée
    • toux
    • prise de poids rapide
    • oedèmes des membres inférieurs
    • dilatation de l’abdomen
    • palpitations
    • malaises
    • douleurs thoraciques
    • anorexie, nausées, vomissements

ANTICIPER DES SITUATIONS PARTICULIERES.

  • un voyage
  • l’urgence
  • décider une hospitalisation
  • la fin de vie

L'aide aux aidants

L'insuffisance cardiaque, maladie chronique, implique souvent les proches. L’entourage du patient, notamment le conjoint du patient insuffisant cardiaque ou ses enfants, est confrontré à la maladie de leur proche.

Un colloque de moins en moins singulier. L’entourage du patient est souvent présent en consultation , au cabinet 1/3 des patients sont accompagnés, au domicile la proportion s’élève à 2/3 Le colloque singulier se voit remplacé par une relation triangulaire ou chacun des 3 acteurs a un rôle.

L’interaction proche patient médecin traitant peut-être facilitante ou non pour la prise en charge du patient:

  • Facilitante, l’investissement de l’entourage familial , du proche permet  :
    • D’ obtenir des indications sur les problèmes posés par la prise des traitements
    • D’apporter une aide au traitement
    • D’alerter précocément en cas de symptômes préfigurant une décompensation cardiaque, permettant ainsi une réévaluation précoce du patient
    • De contribuer à la qualité de vie du patient
    • De remonter le moral du patient , le motiver face à la maladie
    • D’optimiser l’éducation thérapeutique
  • Compliquant la prise en charge
    • Proche envahissant, laissant peu d’espace au patient voir parfois au médecin. Il faut alors négocier au mieux avec l’entourage pour entendre le patient et pouvoir se retrouver dans un colloque singulier .
    • Proche, qui par ses crotances, convictions entrave, par exemple , le suivi des mesures hygiéno diététiques
    • Proche présentant des pathologies nécessitant une aide du patient : par exemple, le conjoint présentant des troubles cognitifs dont le maintien à domicile n’est possible que grâce au patient. Comment le médecin fait-il face à de telles situations si de plus les enfants ne sont pas proche géographiquement des ou bien si les ressources financières ne permettent pas l’institutionnalisation.
    • Proche refusant les hospitalisations du patient
  • Médecin du patient du patient ? du patient et du proche ? ces 2 statuts peuvent peut faciliter ou non la relation avec le patient et le proche : le médecin devra s’adapter.

Les implications du rôle « d’aidant » dans la relation à l’autre et ses conséquences possibles pour l’aidant: Les proches naturels glissent progressivement vers un rôle « d’aidants » sans s’en apercevoir. Il s’impliquent de plus en plus dans la prise en charge du patient : aide à la prise des médicaments, aide à la surveillance du poids , aide à la prise des rendez vous que ce soit pour rencontrer les médecins ou les para médicaux voir pour les examens complémentaires à réaliser, parfois selon le retentissement de la maladie aide à la toillette , l’habillage, les déplacements… . Si l’état du patient s’aggrave, limitant ses déplacements le proche se voit contraint à rester auprès de lui, limiter ses propres activités, vivre la maladie de l’autre au quotidien. Le regard du proche sur le malade et le regard du patient sur son proche intègrent la prise en compte de plus en plus importante de la maladie. Cette dernière s’initie dans leur relation intime , la modifiant parfois profondément .

Le retentissement sur la vie de l’aidant Ces proches »aidants » passent d’un statut de proche à celui d’aidant sans que les professionnels n’aient eut le temps d’évaluer avec eux leur capacité à assumer ce rôle et les conséquences éventuelles. Et de même le statut du patient vis à vis de son proche change lorsque le proche devient aidant Il serait souhaitable de prendre un temps avec chacun d’eux de leur permettre d’exprimer

  • les craintes qu’il rencontrent vis à vis de la pathologie de leur proche, des tâches qu’ils doivent effectuer, des nouvelles responsabilités qu’ils assument. Et dans l’autre sens comment vit le patient l’intrusion de son proche dans la prise en charge de son problème de santé.
  • Les possibilités qu’ils ont pour assumer ces tâches : en ont-ils les compétences ? Se sentent –ils débordés ? Sont-ils en capacité d’effectuer ses tâches en regard de lien de parenté ? Pour le proche accepte-t-il ces nouveaux liens entre eux ?
  • Comprendre les motivations respectives du proche et du malade dans cette démarche : relation par amour ? par obligation familial? par crainte des réactions de l’autre ?
  • Les difficultés qu’ils rencontrent tant au plan personnel que familial lien vers un questionnaire

Qualité de vie du patient insuffisant cardiaque.

L’Organisation Mondiale de la Santé définit la qualité de vie comme « La perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. Il s’agit d’un large champ conceptuel, englobant de manière complexe la santé physique de la personne, son état psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles et sa relation avec les spécificités de son environnement.» La qualité de vie est une question qu’il est nécessaire d’aborder avec tous les patients, mais d’avantage avec ceux atteints de pathologies chroniques, car elle a plus de risques d’être altérée. Ces patients représentent 15 million de personnes, soit 20% de la population en France. Un plan pour l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques a été rédigé en 2007, pour 4 ans et proposait une quinzaine de mesures, dont une portait sur le souhait d’approfondir les connaissances sur les conséquences de la maladie chronique sur la qualité de vie des personnes. L’évaluation en 2012 de ce plan a montré que les actions prévues n’avaient été que partiellement mises en place.


Dans le cadre des maladies chroniques, la qualité de vie peut être modifiée dans différents axes :

  • Statut social (relations sociales, familiales, professionnelles difficiles, modifiées ou impossibles)
  • Sensations et confort physique (symptômes, effets secondaires des traitements, douleurs,…)
  • Etat psychologique (anxiété, dépression, …)
  • Autonomie/capacités physiques (capacité à se déplacer seul, autonomie dans les gestes de la vie quotidienne,…)
  • Difficultés financières et ses répercutions dans la vie quotidienne


Dans le cadre de l’insuffisance cardiaque les sensations physiques sont souvent modifiées de manière importante, et lorsque la modification est récente, elle peut orienter vers une décompensation : dyspnée parfois insomniante, diminution des capacités physiques, modification du confort : œdèmes, …) Même si nous avons savons que notre attention à la qualité de vie de ces patients a des répercussions sur leur pathologie (moral du patient, consommation d’antalgiques, observance,…) il n’est pas toujours facile de s’y attarder dans ces consultations où il y a souvent plusieurs problématiques à aborder. Dans un objectif d’amélioration de cette qualité de vie il est important de l’apprécier dans un premier temps. Certains patients sont explicites à ce sujet pendant les consultations, d’autres sont plus discrets et nous pouvons les amener à en parler avec quelques questions. La HAS propose, page 54 du parcours de soin de l’insuffisance cardiaque une grille permettant d’évaluer la qualité de vie du patient : voir là


Le groupe a trouvé cette grille peu adaptée à la pratique, avec notamment trop de questions fermées. Il a proposé de réécrire cette grille avec des questions ouvertes et moins nombreuses, comme par exemple :

Questionnaire d'évaluation de la qualité de vie

Ce questionnaire peut être également une manière de dépister les décompensations (majoration récente de la dyspnée, dégradation récente ou rapide de la qualité de vie). Les actions que nous pouvons mettre en place pour améliorer la qualité de vie en fonction de son appréciation au cas par cas :

  • gestion optimale de la douleur et des inconforts physiques
  • chez le patient âgé fragile, l’amélioration symptomatique doit faire partie des priorités dans les décisions thérapeutiques, malgré la difficulté fréquente de la polypathologie.
  • discuter avec le cardiologue des modifications thérapeutiques en cas d’effets indésirables de certains médicaments pour favoriser l’observance
  • mettre en place les équipements/aides possibles pour favoriser la préservation de l’autonomie de chaque patient en fonction de ses demandes
  • mettre en place des aides humaines lorsque le patient l’accepte, pour soulager la famille et rééquilibrer les relations familiales (femme de ménage, auxiliaire de vie, portage des repas,système d'alarme)
  • dépister et proposer une prise en charge (médicamenteuse ou non) pour les difficultés psychologiques (anxiété, dépression, …)

Pour en savoir plus

L'insuffisance cardiaque pour les patients

Insuffisance cardiaque  : les conseils d'Améli, site de Caisse Nationale d'Assurance maladie

Insuffisance cardiaque : les conseils aux patients sur CISMeF

Auteurs

  • Michel ARNOULD
  • Pascale ARNOULD
  • Serge BOUHANA
  • Camille BIDEAU
  • Cécilia BILLIOU
  • Bertrand STUDER